Broadway : Le Roi Lion s’adapte pour mieux retrouver le public

Fermé pendant un an et demi, Broadway a largement pâti des restrictions liées au Covid-19. Depuis la reprise des représentations en septembre 2021, public comme acteurs profitent pleinement de chaque seconde de spectacle, à l’image de Bonita Hamilton, actrice de la comédie musicale Le Roi Lion. Avec, pour maître-mot : s’adapter.

Starbucks_edited.jpg

La comédie musicale Le Roi Lion a repris à Broadway le 14 septembre 2021 après un an et demi de fermeture. (Crédit photo : Paul Nölp)

« Nants ingonyama bagithi baba ». Quand les premières notes de la chanson The Circle of life retentissent dans la salle, le public est parcouru d’un frisson. Tous les yeux pétillent devant les acteurs costumés en lions, lionnes, jaguars, éléphants ou girafes et vibrent au rythme de la chanson d’ouverture de la comédie musicale Le Roi Lion. Les applaudissements et les acclamations à la fin de la première chanson trahissent la joie du public de retrouver Broadway et les représentations culturelles après deux années chamboulées par la Covid-19.


Tous oublient qu’à quelques pas du Théâtre Minskoff, Time Square est bien plus vide que d’habitude. Tous oublient le masque qu’ils portent sur leur visage tout le long de la représentation. Tous ne pensent qu’à l’histoire de Simba chantée par les acteurs embauchés par Disney.


Du côté des artistes, retrouver la salle de spectacle, à guichet fermé, est aussi un grand soulagement et bonheur. « Pendant la chanson d’ouverture, je suis dans le grand éléphant », explique Bonita Hamilton, qui interprète la hyène Shenzi depuis 18 ans. « Je suis toujours tellement émue de voir que même l’homme qui a l’air le plus costaud dans la salle a les larmes aux yeux. » Cette vive émotion est partagée entre la scène et l’audience, qui profitent encore plus du spectacle depuis la réouverture des lieux culturels new-yorkais, en septembre 2021.



Plus de travail


Après 18 mois de fermeture des salles de Broadway, véritable institution dans la ville américaine, la réouverture s’est fait attendre. Le premier secteur à fermer a aussi été le dernier à se déconfiner. « Pendant notre première répétition tous ensemble après un an et demi, tout le monde a versé sa larme », se souvient Bonita Hamilton, pour qui les 43 acteurs du Roi Lion sont « une grande famille ».


La pandémie a profondément touché le secteur culturel de New York. « On doit se faire tester tous les jours », explique la comédienne américaine. Disney a su s’adapter. Si, par malheur, un acteur s’avérait positif, des doublures sont prévues pour chaque rôle. Ainsi, deux enfants viennent d’intégrer la troupe pour jouer les rôles de Simba et de Nala. « Cela demande plus de travail. On m’a demandé de répéter plus que d’habitude pour que les enfants comédiens prennent l’habitude d’avoir peur de moi », raconte ironiquement celle qui joue la hyène pour la comédie musicale qui existe depuis 25 ans.


La troupe doit être prête à travailler avec un nouvel acteur du jour au lendemain. « Une comédienne peut même jouer par cœur 14 rôles différents », explique Bonita Hamilton. Une adaptation aux spectacles post-pandémiques qui ne s’est pas faite sans difficultés. « Le fait d’appréhender mon corps à nouveau comme un instrument était un gros challenge », avoue la comédienne. « J’ai pris des mois pour retrouver les bonnes notes et ma condition physique. Après 18 mois à vivre comme une patate devant Netflix sur le canapé, je devais me remettre en forme. » Autrement dit, faire attention à ce qu’on mange et « ne plus boire de verre de vin chaque soir pour protéger son instrument », c’est-à-dire le corps et la voix de Bonita Hamilton.


La mission est réussie : le spectacle est bluffant de perfection et d’exigence. Pendant près de deux heures, les acteurs jouent aux acrobates, sans aucune fausse note apparente. « J’ai fait bien plus de 5 000 représentations du Roi Lion durant ma carrière. Mais celles que l’on vit en ce moment sont les plus marquantes », avoue Bonita Hamilton.


Dans la savane, la troupe se met à chanter d’une seule voix « Hakuna Matata ». Un cri du cœur en swahili.


Autrement dit, pas de soucis.


Salomé Kourdouli et Paul Nölp